Composer un tableau (4)
Finaliser l'oeuvre.
La composition d'un tableau, c'est aussi contrôler les forces dynamiques contenues (ah! ah! Lydia doit jubiler) dans les points forts du format de la peinture (on en a déjà parlé), dans l'équilibre des valeurs dans la tonalité des couleurs et d'un autre équilibre, celui des complémentaires.
C'est la circulation du regard sur l'oeuvre qui en sera l'ultime décideur.
On peut vouloir un tableau harmonieux et dans ce cas on place des touches de couleurs qui vont bien ensembles, on n'essaie pas trop les effets spéciaux, on peint en douceur sans faire trop de vagues.
On peut aussi vouloir "heurter" les esprits, interpeller le spectateur et dérouter un tant soit peu la rétine. Dans cet autre cas, la peinture devient révolutionnaire et son artiste se met à oser les effets les plus fous.
Le tableau de Sophie en est un bon exemple :

"24 heures chomo" - huile sur toile de Sophie Leroy.
Tout d'abord, qui aurait osé peindre une voiture de course ? Pas grand monde !
Pourtant, souvenez-vous que la peinture, il n'y a pas encore si longtemps, remplaçait la photographie et montrait à voir les images de son temps.
Le tableau de Sophie colle bien à cette idée. La peinture rituelle a donc un bel avenir.
L'année prochaine, vous verrez, nous aurons certainement droit aux moissonneuses... Chouette Sophie, je vous suis!
Maintenant, revenons à la toile et au défi que s'est fixé (imposé) notre artiste :
Jouer avec les lignes de composition, quitte à les accentuer et les rendre très visibles comme dans un dessin technique.
Là, c'est gagné! Le morcellement du paysage se fondant dans le ciel, le clin d'oeil subtile dans le drapeau à damier, la perspective de la route... Tout cela est un bonheur. (Quand je vous disais qu'elle était douée!).
Et je vous assure que ce n'est pas facile de faire circuler le regard quand tout le "poids" du tableau est en bas!
Autre challenge, ne pas utiliser de noir... Jamais.
Encore gagné Sophie!
Les gris-vert, les gris-bleu et les violets intenses font parfaitement l'affaire et le contraste visuel fonctionne à merveille. On voit du sombre là où il faut du sombre.
Les couleurs agissant toujours entres-elles et "luttant" pour savoir qui sera la plus foncée.
Et pour finir, le choix d'utiliser une gamme (palette) de couleurs différente pour l'arrière plan et le sujet.
Ceci est un point important et bien que Sophie ne s'y ait pas vraiment pris de la bonne manière, le résultat est là.
En effet, elle n'a pas équilibré sa toile en fonction des "clairs et des fonce". Elle a peint "morceau par morceau" et ajusté ses couleurs au fur et à mesure.
Dans la composition d'un tableau, quel qu'il soit, le contraste, c'est à dire la complémentarité des clairs et des sombres et celle des couleurs elles-même, jouent un rôle important car notre oeil va être attiré par eux.
En premier, les lignes comme pour la lecture et en second les clairs qui imprègnent plus vite la rétine du spectateur et pour finir, l'opposition des couleurs primaires à leur complémentaires ( je le mets en dernier car on peut choisir de peindre un camaïeu).
Regardez encore le tableau de Sophie et voyez comment le morcellement du fond pousse la voiture à sortir du tableau. Regardez le contraste entre le décor et la voiture. Regardez l'ambiance Mancelle, juste rendue par un "quadrillage" de couleurs. Regardez la vélocité du bolide et dites bravo car Sophie, dans cette peinture plutôt déco, voir affichiste, s'est coltiné la Peinture de plein front.
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1 - Sujet de peinture
Votre commentaire est parfait, défauts, défis bien vus. De toute manière, surtout utiles pour tout visiteur qui vous lira. C'est le plus important.
Je voulais dire un mot du "Sujet".
J'en ai déjà partlé dans un autre commentaire, sur le plan personnel. Pourquoi un sujet et pas un autre.Tout cela ne va pas plus loin que quelques autres personnes, rencontres.
En revanche:
Il n'y a PAS de sujet de peinture obligé (ça le vaut pour la poèsie et le roman).
Le hasard fait que vous m'avez prèté aujourd'hui votre livre sur Hopper d'une part, et ma fille est revenue de fac, d'autre part, avec un catalogue de commissaire priseur qui vend des peintures françaises de la même époque de bons peintres français cotés.
Sujets "convenables" et convenus d'un côté. Sujets libres de l'autre.
Une belle perspective de méandre de rivière, rivage normand, clocher breton....
Hopper: ville, rails, chambres vides,station service....(j'adore la station service!)
Je ne juge ni le talent, génial partout, ni la joie de peindre, intense, visiblement, chez tous.).
Je prends juste conscience d'une liberté à conquérir: peindre n'importe quel sujet, pourvu qu'il fasse envie de peindre.
Conquérir une nouveau monde, s'approprier n'inporte quel sujet. Qu'il soit convenu dans un salon "traditionnel", ou dans un salon "fashion", c'est pareil.
Didier parle régulièrement des moissonneuses que j'ai envie de peindre: le sujet résume les deux genre de sujets:paysage de champs, de campagne, conventionel, et ces magnifiques bêtes mécaniques achetées à Crédit, et qui vous coupent le souffle quand elles avancent dans le soir pour récolter le pain que vous mangerez à la saison prochaine. Machines pas encore validées comme sources d'inspiration artistiques officielles, ni chez les conventionnels, ni chez les snobs!
Et pourtant, elles sont belles et extrèmement "peintogéniques"
En ce qui me concerne, mon seul souci c'est que je les trouve très difficiles à peindre.
Et si Didier ne m'aide pas, je n'y arriverai pas!
Alors, à la prochainbe moisson!