Concevoir un tableau
Comment fut(rent) élaboré(s) un (deux) tableau(x).
Il aura suffit, Sophie, de votre fille Marie comme première assistante, d'une séance de photos, de plusieurs marches arrières avec la voiture pour que l'idée d'un tableau s'annonce.
Pas précise et vague d'abord.

Puis vaguement précise.

Et finalement complètement vague.

Trois vagues pour être précis.
Une sorte de ressac qui diviserait l'espace en trois parties, comme mourantes sur la plage mais bientôt vivantes sur la toile. Un univers ou la terre rejoindrait inlassablement le ciel. Une marée de nuages, des océans de feuillages.
Et c'est parti!
Ce sera la Cathédrale de Sées. Terrienne parmi ses arbres et aérienne de par ses flèches. Un vaisseau pour l'espace. Une machine à remonter le temps.
Capturée sur la route de Gaprée, le dos tourné à trois arbres, la cathédrale se dessine de plus en plus précise à l'horizon.
La mise en page du tableau se fera pourtant à contre sens.
En bas la terre labourée, lourde des pluies d'hiver mais prête à engendrer.*
Au milieu, un joli paysage de campagne brumeux, bleuté, grisé.
Tout en haut, tout en légèreté, c'est le panorama du ciel et d'une forêt en arrière plan qui crée définitivement le Charme.
Trois bandes horizontales en vérité, mais de plus en plus évanescentes, de plus en plus de ciel, de moins en moins de terre.

L'élève s'élève. Un voyage spatio-tempoporel à bord d'une nef dont nous allons peindre prochainement l'intérieur.
Enfin bref, Le sujet est trouvé : Jouer avec 3 vues de la Cathédrale de Sées superposées les unes aux autres, agencées comme un travelling arrière ( j'ai un doute car cela dépend du sens dans lequel on scrute le tableau. Ce pourrait être un zoom, mais ça n'a pas d'importance car le tableau fonctionne dans les deux sens ).
L'idée se précise. Les cieux de chaque vue rejoindront les terres de chaque vue. Il faudra travailler leurs jonctions et alors, l'idée des vagues mourantes refait surface.
Les flèches de la Cathédrale du bas guideront les yeux, comme elles guident les âmes, vers le haut du tableau.
Là, il faut cogiter la mise en page, sortir sa règle, sa calculette pour certaine, et réfléchir à l'agencement et l'harmonie de la composition.
Quelques lignes et nous y voilà. La toile n'est plus blanche. Sur elle s'esquisse lentement, tranquillement, une matérialisation de ce qui au départ n'était qu'une vague vision. La structuration nécessaire à l'enfantement d'une oeuvre d'art.
Suivra le dessin, à peine esquissé car nous voulons laisser toute la place à la peinture.
Peindre à larges touches, sublimer les détails à l'aide de quelques taches de couleurs. Un esprit plutôt impressionniste voyez-vous.
Ne pas se perdre dans le fignolage, rendre au mieux l'espace et la lumière ( ce qui est difficile quand on n'a pas le modèle sous les yeux ), ne pas trahir l'idée de départ et peindre bon sang de bon sang et aimer le faire.
Oser, peindre, oser peindre.
Maintenant, le choix de la palette. Crucial.
C'est la que se joue le véritable challenge. L'idée de mettre du vert dans le ciel, ou de ne travailler qu'avec les trois couleurs primaires. Il faut trancher dès le début. Si vous mettez du vert dans le ciel, vous pourrez faire entrer des rosés, des rougeâtres et marier avec eux, dans la terre, tous les verts complémentaires.
Pour les lointains, il n'y a pas le choix, des bleutés s'imposent et les photos le prouvent. Vous pourrez ajouter des jaunes sur votre palette de ce simple fait.
Bleus, jaunes, rouges, verts. Mélangez-les et vous verrez!
Mettez quand même sur un bord du blanc, du noir, de l'ocre et du brun... ça peut toujours servir!
Bon, assez rigolé, prenons les pinceaux. Choisissons un médium et passons aux choses sérieuses. Laissons-nous posséder par la Peinture. Mais décontract...pas de sclérose..., de névrose..., d'overdose..., juste une "pose" dans le temps.
Tout le monde est prêt? Tout le monde est vas-y, on peut y aller ?
« Par où on commence, M'ssieu? »
« Alors toi, le petit marrant là, avec tes questions tordues, je t'ai a l'oeil, méfies-toi ! »
Nous commencerons par le haut pour éviter de traîner lamentablement les manches de son pull dans la peinture éventuellement fraîche. Mais en commençant par là on définira en même temps les tons les plus clairs du tableau. Ç’est déjà ça, non?
L'idéal serait de peindre aussitôt le bas pour jalonner les tons les plus forts. Mais si c'est plus commode, peignez comme vous écrivez: De haut en bas et de gauche à droite.
C'est ce qui s'est passé dans notre cas.
Une fois posés les ton les plus clairs, il suffit, Sophie, de les faire monter progressivement jusqu'aux tons les plus intenses.
Simple!
Reste, la touche, l'ambiance, l'harmonie et la complémentarité des teintes ( on reparlera de ça une autre fois dans un autre article ), mais surtout votre petit démon intérieur qui vous suggère de mettre du rouge ici et un beau jaune là.
Surtout écoutez-le ! Il n'y a pas de meilleur conseiller.
Merci de votre attention.
Observez bien les photos des tableaux, vous ne pourrez pas distinguer le maître et l'élève. Zoomer sur les touches de Sophie, c'est géant.
Longue vie à la peinture, longue vie aux peintres, donc longue vie à vous.






















