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Mai 08 01

Le syndrome du chien jaune...

mais où il est question de canards aux cols verts



J'ai très souvent évoqué, au long des pages de ce blog, l'importance que j'attache à la composition d'un tableau. Pourtant, je me rends compte que je n'ai encore rien dit sur le fameux syndrome du "chien jaune".

C'est un concept dont l'historiette, plus amusante que mesquine, nous rappelle combien il y est recommandé de bien anticiper son tableau.
Je m'en vais vous la narrer de ce pas...

Il était une fois un peintre (de talent) nommé François. Toujours à se battre avec ses pinceaux dans le désir jamais assouvi de peindre, de peindre et d'encore peindre.

Le sujet de son tableau devait représenter deux africains stylisés, campés sur une chouette de mise en page solidement structurée à l'aide de quelques lignes.

Tout y était : composition, rapports de couleurs, touche et joie de peindre; et nous, public, ébahi une fois de plus devant la facilité d'obtenir un beau tableau.

Mais voilà que je ne sais où, surgit à François l'idée de rajouter un chien entre les personnages.
Il était peint de jaune et n'avait surtout absolument rien à faire dans le tableau.
Ce pauvre malheureux détail, à lui seul, a suffit pour réduire à néant  tout le charme présent jusqu'alors.
Le tableau n'avait plus son équilibre. Envolé, parti, le beau tableau qui nous enchantait.

Devant nos remarques (à nous public) François a effacé le chien, un peu à regret je crois, mais nous étions soulagés.

La morale de cette histoire (larirette, larirette) c'est qu'il faut faire très attention de prévoir à l'avance ce qu'on veut faire figurer sur sa toile et pourquoi on veut le faire.
La composition ne nous le pardonnerai pas.
A moins d'un coup de bol inespéré, rajouter des trucs dans son tableau, c'est toujours très risqué!

Depuis, par ironie bien plus que par moquerie ou méchanceté, j'appelle "le syndrome du chien jaune" tous les bidules qu'on rajoute dans la peinture, en dernier recours et surtout sans raison valable.
Ça arrive souvent, croyez-moi et en voici la preuve :

A mon tour d'entamer un tableau, un format carré sur le thème de l'eau.
Ce qui me branche, c'est de peindre un reflet, alors je divise le carré en deux moitiés égales, en haut le ciel, en bas un étang.



 

Bien qu'un peu simpliste cette composition a nécessité quelques lignes notamment dans la partie des nuages et la symétrie du reflet. La position des deux arbres, elle aussi n'est pas due au hasard.
 
 
 

A ce stade, je considérai le tableau comme terminé. J'avais atteint mon objectif, faire refléter le ciel dans l'eau.

Mais voilà qu'en regardant le tout, j'ai voulu mettre de la vie dans cet ensemble et j'ai rajouter un canard nageant.

Étant le théoricien du syndrome du chien jaune, j'ai repris ma règle pour trouver l'endroit où devait patauger mon colvert, histoire de pas "foutre en l'air" la composition sereine de ce tableau carré.

Une fois peint, mon canard attirait trop le regard ! Ça y était, j'étais en plein syndrome et même si mon chien jaune était un colvert, y a quelque chose qui collait plus. Le tableau était désiquilibré.

J'ai donc rajouté un canard dans le ciel (format carré et idée de reflet obligeant) :

Résultat :


 


Vous noterez cependant le sérieux décalage des tons foncés vers la droite... Grrrr!!!  Maudit chiens jaunes qui n'étaient pas prévus au départ !

Alors, comme tout est bien qui fini bien comme dans toutes les histoires (mêmes celles à dormir debout), en reprenant ma règle pour chercher l'ultime ligne, j'ai rajouter un troisième chien jaune en peignant des canetons dans l'axe des arbres :


 
colvert
 


Ouf! Grâce à cet ultime détail, mon tableau a retrouvé son équilibre et le brin de vie qui lui manquait.
Le regard circule. Cependant, sans les lignes de constructions... et bien j'y serai encore... à contempler mes chiens jaunes !


 

Commentaires

chien jaune

Merci pour votre exploration du syndrome du "chien jaune". Comme vous le savez, ce terme fait sa petite fortune, de peintre en peintre, de famille à famille. Car il existe des 'chiens jaunes" dans la déco des maison, dans l'écriture, dans les emplois du temps...
Mais je vois une grosse injustice dans votre démonstration, et en même temps un bel exemple de votre talent et de votre savoir-faire: vous expliquez COMMENT utiliser, récupérer, magnifier, un "chien jaune"! Et c'est ça qui est intéressant.
Parceque nous autres, sans expérience, nous n'avons qu'une seule solution: un chiffon, la thérébentine, et la patience de supprimer le chien jaune.
Et le secret que vous nous donnez, c'est une méthode pour apprivoiser le chien jaune, en éventuellement, le changeant de couleur.
P.S.:j'avais une amie qui traitait de "chien vert" un ami non fiable et susceptible de se montrer déloyal...

Sophie

 


Sophie | Le Jeudi 01/05/2008 à 22:23 | [^] | Répondre

chien jaune et chat bleu

Didier Très chère Sophie.
Il me semble que mon talent en matière de chiens jaunes n'est pas resté bien longtemps ma seule exclusivité.

Vous aussi en êtes une brillante adepte.

D'abord un filet d'eau dans votre Latour.
Puis, j'ai vu apparaître dans votre dernier tableau un adorable chat bleu dont je jugerai qu'il n'était pas là la semaine dernière.
D'ailleurs, il semble vouloir traverser votre toile, accompagnant le regard et suivant un sillon de lumière.
Je ne serai pas étonné de le voir se déplacer pour ensuite disparaître derrière un buisson de verdure.

Alors excusez-moi, mais pour l'expérience que vous me prêtez, vous repasserez !
Je constate que vous avez bien d'autres solutions que le chiffon effaceur...

Mais dites-moi? Puisqu'on parle peinture. Verrons-nous bientôt tous vos nouveaux tableaux sur ce blog?

Bien amicalement
Didier.



 


Didier | Le Jeudi 08/05/2008 à 18:22 | [^] | Répondre

Enrichissant cette analyse !

Bonjour,

Oui, c'est très intéressant cette explication du syndrôme du chien jaune.
Apporter un remède : plutôt que de refuser ce nouveau venu, l'accepter pour que d'"intrus" il passe à "invité" ! La solution de facilité aurait été d'effacer le canard, car faire évoluer l'oeuvre est plus risqué et difficile mais probablement autrement plus satisfaisant pour son auteur (qui seul connaît la petite histoire !). 
En fait, je trouve que le paysage, sans les canards, paraît vide et silencieux, irréel ; l'oeil est attiré vers l'horizon. Alors qu'avec les canards, il semble vivant, gai et animé. Cela lui donne plus de profondeur et on regarde davantage ce qui s'y passe...

Bonne continuation.
Nathalie

 


Nathalie | Le Lundi 05/05/2008 à 11:53 | [^] | Répondre

Re: Enrichissant cette analyse !

Didier Bonjour.

Il semblerait même, aux dires de Sophie, que ce syndrome existe dans bien des domaines y compris non artistiques.
Il s'appelle l'imprévu et on le connaît tous, tant il nous a mis des bâtons dans les roues.

Ce que j'explique dans cet article, c'est que justement la peinture ne fait pas bon ménage avec l'imprévu. Avec le hasard, pas de soucis! Mais l'artiste qui manque d'anticipation, ouvre grande la porte à des résultats qui peuvent être décevants.

Loin, pour ma part, de savoir tout contrôler, j'essaie toujours de placer tous les éléments de mon tableau avant de les peindre. Quand ce n'est pas le cas (comme ici) se sont bien souvent mes fidèles lignes de constructions qui me viennent en aide.

 


Didier | Le Jeudi 08/05/2008 à 21:49 | [^] | Répondre