Vivre à la campagne
Ce qui est vraiment bien quand on vit à la campagne, c'est que tout ce qui nous entoure EST source d'inspiration.
Alors voilà les grenouilles sous les feux des projecteurs... Non, sous les feux de nos pinceaux. Les iris ne sont pas encore fleuris, mais c'est tant mieux car...
... le sujet du prochain cours est de travailler les verts. Couleur complexe, surtout dans une mare, mais sympathique tant elle oscille entre le chaud et le froid. Plus de jaune, plus de bleu et quand c'est très profond, tout au fond de la mare... pourquoi pas violet carrément?
Alors? Peinture de la mare ou marre de la peinture?
J'opte sans hésiter pour la première solution.
Grenouillades :
Mon élève et moi avons entrepris une nouvelle toile qui d'emblée appelle à une vertu artistique : La Patience.
Le thème : Les grenouilles. La technique : Glacis sur empâtements.
Animal ô combien sympathique, la grenouille est à la fois magique et furtive. Elle ne restera pas à poser pendant des heures ( encore que certaines acceptent qu'on leur touche le bout du nez) alors on prend des photos.
L'ensemble est dominé par les verts. Les feuilles des iris, les nénuphars, l'eau profonde et bien entendu les grenouilles.
Comment s'en sortir?
Il suffit de regarder en fonçant un peu des yeux.
Les détails alors disparaissent et il ne reste que les valeurs. Les verts clairs, les verts foncés, ceux qui sont jaunes, ceux qui sont blancs et puis d'autres couleurs autour qui font chanter le tout, des bleus, des rouges.
La mare elle même ne sera pas facile, mais mon élève et moi sommes près pour l'exercice :
Profondeur, transparence, si c'est pas encore gagné, il restera toujours le plaisir de peindre.
Voilà où nous en sommes :
Après composition du tableau, nous avons couvert la toile avec un couteau à peindre d'un empâtement jaune azo additionné de blanc .
Voyez comme le relief pose ombres et lumières naturellement et elles resteront présentes dans la peinture finale. Génial !
Après séchage et c'est fichtrement long car nous n'avons pas mis de siccatif nous peindrons des glacis verts, des glacis bleus, des glacis pourpres, des glacis violets, ça devrait être sympa.
Moi, pour ma part et pour l'expérience, j'ai laissé la toile blanche par endroits :
Quels effets feront les glacis sur la toile brute ? Vous le saurez avec la suite des tableaux (qui pour l'instant ne sont toujours pas secs).
Quel est le comble de la grenouille?
Elle ne sèche jamais aux exams!
Ça y est ! Les épaisseurs ont séchées. La chaude météo actuelle y est pour quelque chose, je pense.
Nous entamons, donc, la mise en couleur de nos grenouilles.
Sur ces fonds jaunes au reliefs accentués, nous allons tout d'abord peindre des glacis bleus qui par transparence donneront des verts qui serviront de base à la peinture finale.
C'est le principe de l'aquarelle, mais à l'huile...
Ah non! Sur cette photo on dirait plutôt de la peinture "allô"! :

(Est-ce bien raisonnable de téléphoner en peignant?).
D'autres couleurs s'ajouteront à la palette par la suite.
Toutefois, nous avons été très surpris par les effets "involontaires" de cette façon de peindre :
Les glacis qui s'accumulent et foncent en accrochant les reliefs du fond, mais ça on s'en doutait.
Plus inattendu, les couleurs qui mêlées entres-elles par transparence se sont "automatiquement" harmonisées.
C'est carrément scotchant, les effets spectaculaires de la peinture repoussée sur les bords par la brosse et créant des tons tout à fait inédits que l'on ne s'attendait pas à obtenir.
C'était un travail un peu "au hasard", mais très distrayant laissant ,la part toute belle, à la peinture.
Voyez le résultat :
Cliquez et agrandissez l'image, zoomez sur ces Incroyables fondus, ces coulures, cette harmonie des tons.
Le coté "liquide" de la mare se ressent déjà. La lumière du soleil et le flou de l'eau ont d'ores et déjà trouvé leurs places.
Sur cette base, la peinture va maintenant pouvoir s'affiner.
Bravo Sophie et...
Vivement le prochain cours!!!!
De mon côté, j'accompagne toujours les élèves dans leur passionnante expérimentation.
Alors, moi aussi, je me suis laissé aller à l'improvisation :
Même thème, mais deux façons radicalement différentes de voir les choses. L'élève, ainsi reste maître de son sujet.
Mais il restera toujours cette complémentarité dont s'enrichira éternellement la peinture... et l'amitié.
18 heures, fin de la séance.
La peinture vit. Son histoire ne fait que commencer.
Mon élève a terminé son tableau et comme toujours, d'une très belle manière.

"Grenouilles" par Sophie Leroy (huile sur toile 40x40).
La photo n'arrive malheureusement pas à rendre le relief incroyable de ses grenouilles, ni l'harmonie subtile de ses couleurs.
Mais vous pouvez me croire sur paroles, c'est plus que réussi, c'est époustouflant.
Le prof est scotché et surtout très fier ( d'être scotché ).
L'auteur a souhaité donner à ses grenouilles un aspect un peu inquiétant, carnassier, qui rappelle qu'elles sont cousines des serpents, même venimeux, des crocodiles et aussi de quelques dinosaures.
Mais elle a surtout expérimenté et exploité de merveilleux effets picturaux.
Quant à moi, comme d'habitude, j'ai des longueurs de retard. Mon tableau n'est toujours pas fini :
Il le sera prochainement et alors je mettrais à jour cet article.
18 février 2008.
Ma grenouille qui était restée en standby, la pauvre, a été signée aujourd'hui !
Il ne lui manquait que quelques coups de pinceaux... qui se sont faient sacrément attendre.
Mais bon, il faut croire que les tableaux ont leur vie propre, et celui-ci n'était pas encore décidé à se voir suspendu à un mur.

"La grenouille" - huile sur toile 40 x 40.









![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)















1 - La peinture, allo ?
Il n'y pas que les grenouilles à la campagne, il y aussi les amis.
Avec les amis, on parle, on se promène, on va explorer tout ce qui serait intéressant à peindre: les grenouilles, les graminées, le colza, les fleurs de trèfle et les graines de pavot.
La peinture est dans le pré, cours-y vite. Et le peintre y est aussi: cours-y vite, il va filer.
Car la pluie vient à tomber. Les grenouilles se sont cachées, les gras minets sont au coin du feu, le colza est défleuri, les fleurs de trèfle sont trop difficiles à peindre, surtout avec des gouttes d'eau dessus, et les pavots ont le rimmel qui coule sur leur col de soie.
Dehors, il tombe des gouttes.
Et dedans on n'y voit goutte.
Alors qu'est-ce qu'on fait?
On passe l'aspirateur ou on se boit une petite goutte ?